Category: Témoignage

Ils sortent leurs proches de l’Ehpad

Auteur(s): Pryska Ducoeurjoly, journaliste indépendante

Epuisées par l’attente interminable d’un allègement des restrictions, certaines familles prennent aujourd’hui la décision de sortir leur proche de la maison de retraite. Témoignages.

Depuis trois mois, Céline a repris sa mère à la maison après deux ans passés en Ehpad. « Les confinements à répétition, les parloirs, les privations de droits et de liberté ont largement motivé cette décision. Mais c’est aussi lié à l’absence de dialogue et de projets d’accompagnement, au refus de respecter le contrat de séjour et les droits de ma mère, à l’épuisement de ne pas pouvoir me faire entendre », explique la jeune femme de 36 ans, habitante du Var.

Cela fait maintenant un an que les 600 000 résidents des Ehpad sont soumis à des normes sanitaires plus strictes que le reste de la population sanitaire sans que les aspects éthiques ne pèsent dans la balance face à l’impératif sécuritaire. Prolonger la vie oui, mais à quel prix ? Dans une tribune du Figaro, parue le 6 février, les proches aidants dénoncent « un principe de précaution poussé à l’extrême ». Confinés avant les autres dès le 9 mars, déconfinés plus tardivement mais pas complètement, les résidents demeurent encore interdits de sortie ou confinés en chambre selon les établissements.

« Je me suis préparé psychologiquement »

Pierre vient donc de renouer avec son rôle d’aidant familial, déjà assumé pendant 8 ans, avant le placement de sa mère en Ehpad. Depuis mars 2020, il appelait matin et soir pour soutenir le moral de Janine, âgée de 91 ans. Au fil des mois, ce coaching téléphonique quotidien compensait de moins en moins le manque affectif. Le 27 février dernier, Pierre est donc venu chercher sa mère pour la ramener définitivement à la maison. Un grand moment d’émotion après 5 mois d’interdiction de sorties (voir la vidéo ci-dessous). « Je préfère mourir maintenant dans tes bras plutôt que de vivre plus longtemps là-bas », confirme Janine pendant les embrassades.

« Je me suis préparé psychologiquement car je sais tout le travail et les sacrifices personnels que cela représente. Il est absolument vital de cultiver une bonne attitude intérieure et de pouvoir compter sur une bonne équipe d’intervenants. Il faut aussi prendre des temps de repos et maintenir des activités personnelles pour ne pas s’épuiser. Si je vais bien, le moral de ma mère se porte bien aussi ! Cette prise en charge est un défi quotidien, qui met à l’épreuve nos limites, mais je remercie la vie de nous offrir cette expérience pour grandir ensemble dans la solidarité et l’amour. Je remercie tous ceux qui nous apportent leur aide, notamment ma famille et tous les amis présents à nos côtés ».

Janine quitte la maison de retraite :

« J’ai l’esprit beaucoup plus tranquille »

Pour Céline, la décision de reprendre avec elle Monique, âgée de 76 ans, a aussi nécessité une importante réflexion, un travail de préparation en amont pour la constitution d’une équipe mais également un changement de domicile personnel, pour tenir compte de la sécurité et de l’ergonomie de la personne dépendante. Un cheminement que ne peuvent pas faire tous les proches des résidents. « En octobre, les choses étaient claires pour moi, je devais tout faire pour sortir maman. Mais ce n’est qu’à la fin de l’année 2020, le 18 décembre, que j’ai enfin pu venir la chercher ».

Céline avait identifié au téléphone le syndrome de glissement mais, à la sortie, elle a découvert une situation plus grave : « Elle était dénutrie, avec de gros kystes aux reins, une insuffisance rénale aggravée et une hernie intestinale… Je regrette que, dans cet Ehpad comme dans le précédent, le suivi médical n’ait pas été à la hauteur, malgré un coût de 2700€ par mois… Aujourd’hui, ma mère va mieux. Je peux enfin assurer un accompagnement approprié. Bien que la charge de travail et l’organisation soit énorme, et malgré un contre-coup que je n’ai pas anticipé, j’ai l’esprit beaucoup plus tranquille et je me sens moins fatiguée. Et ma mère a pu éviter un troisième confinement en chambre, à nouveau décrété début 2021 dans son ancien Ehpad. »

L’univers des aidants familiaux

Pierre travaille à domicile et va donc pouvoir aménager ses plages de travail en fonction de l’emploi du temps de sa mère. Céline, pour sa part, a la chance d’avoir un employeur « très conciliant » avec son statut d’aidante, qui lui accorde une flexibilité dans les horaires. « Je conseille à tous ceux qui tentent cette expérience de se déclarer comme “aidant familial” car cela permet d’avoir le soutien de certaines structures[1]. Je leur conseille aussi de s’entourer d’intervenants à l’écoute, si possible formés à la santé de l’aidant. Il ne faut pas hésiter à changer si cela ne convient pas. La santé et le bien-être de l’aidant sont le pilier du dispositif à domicile. C’est nécessaire d’en avoir conscience si on veut tenir dans la durée ! »

Des Ehpad devenus prisons

Avec le recul, Céline estime que le mantra sanitaire « isoler pour protéger » a mis en danger la vie de sa mère : « Non seulement Monique a vécu deux confinements en chambre, délétères pour sa santé mentale, mais ses examens médicaux ont été annulés, comme son scanner. Elle a aussi passé 10 mois sans lunettes de vue et déclenché un début de cataracte. Impossible pour moi d’intervenir, et bien sûr, il ne m’a plus été possible de faire entrer dans l’établissement des accompagnants extérieurs comme l’art thérapeute et la sophrologue malgré le contrat d’accompagnement. Quant aux visites au parloir, je les ai évitées au maximum car il y avait une sono pour amplifier la conversation et en faire profiter tout l’établissement… Comment ma mère pouvait-elle me faire part des dysfonctionnements ? Où est l’intimité ? »

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Au parloir de cet Ehpad du Var, le visiteur est dans le box. Un micro relié à une sono permet de s’entendre, mais sans confidentialité des échanges.

Pour Céline, l’heure est donc au soulagement : « Je n’ai plus à gérer à distance la santé de ma mère ni à composer avec une institution qui devient maltraitante, au sens de la définition du Conseil de l’Europe de 1987 [2]. Cette maltraitance touche aussi bien le personnel, les résidents et leurs familles. Un exemple parmi d’autres, j’ai découvert qu’on avait vacciné ma mère contre la grippe sans notre consentement, simplement parce que le médecin coordinateur l’avait décidé, sans même prévenir le médecin traitant. Ma protestation par courrier n’a reçu aucune réponse ».

Des familles impuissantes, usées moralement

A la différence de Céline, Françoise ne peut pas sortir son mari de l’Ehpad. Son statut d’aidante ne serait d’ailleurs pas officiellement reconnu, car elle est la conjointe de Jacques. « C’est à contrecœur que j’ai placé mon mari, âgé de 85 ans, en Ehpad. Il y est entré juste avant la crise sanitaire. Mais comment faire lorsqu’on est allé au bout de ses forces et qu’on n’est plus en capacité d’assumer ? Aujourd’hui, c’est émotionnellement très compliqué, pour lui comme pour moi. Si je pouvais, je le reprendrais. Concrètement, il faudrait trouver plusieurs personnes de confiance pour se relayer 24h sur 24. Ce n’est pas évident. Par ailleurs, l’hospitalisation à domicile coûte extrêmement cher. Nous sommes en pleine réflexion, mais actuellement, nous ne voyons aucune alternative pour soulager Jacques », déplore Françoise, 84 ans.

Comme beaucoup de familles, Françoise est confrontée à l’exclusion des proches aidants. « Cela use vraiment le moral. Nous pouvons voir les soignants serrer nos proches dans les bras mais, pour nous, cela reste interdit. C’est meurtrissant. Deux fois j’ai craqué au parloir et j’ai pris mon mari contre moi. Vaut-il mieux que Jacques meurt de manque affectif ou bien de maladie ? Tout le personnel de l’Ehpad a été déclaré positif et ils s’en sont tous sortis. Mon mari aussi. Mais s’il devait mourir aujourd’hui, dans l’état de santé qui est le sien, je ne dirais pas que c’est le covid qui l’a tué… »

Une logique de plus en plus comptable

Françoise ne pensait pas vivre une telle situation dans sa paisible contrée de Dordogne. « Dans l’Ehpad de ma belle-mère, qui comptait 40 personnes, nous avons connu une gestion familiale. Puis un jour un changement s’est produit. D’immenses travaux ont été effectués pour augmenter la capacité à 80 personnes. Le directeur a été remplacé par une femme plus portée sur l’administratif que sur le contact humain. On a vraiment l’impression que le grand âge devient une grosse affaire. Des groupes cotés en bourse investissent dans les maisons de retraite et appliquent froidement leur impératif de rentabilité. Malheureusement, cette logique semble désormais contaminer les établissements publics. On ne s’occupe plus vraiment d’accompagnement personnalisé. La crise sanitaire éclaire plus crûment cette dérive dans la prise en charge de nos personnes âgées ».

Alors qu’au niveau national les syndicats demandent depuis l’été 2020 la création de 200 000 emplois supplémentaires pour permettre aux Ehpad de mener correctement leur mission, nos aînés n’ont pas fini de payer la facture de l’abandon de l’Etat. Ils doivent aussi maintenant subir une nouvelle discrimination sanitaire, avec des sorties que le ministre de la Santé souhaite désormais conditionner à la vaccination

Une ligne d’écoute

L’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie en collaboration avec France Assos Santé (la voix des usagers) propose un service d’accompagnement d’écoute et de dialogue éthique (SAEDE) avec une ligne téléphonique dédiée (08 01 902 303) pour répondre aux situations difficiles et aux blocages entre les résidents ou leurs familles et les Ehpad. Si vous avez essayé ce service d’écoute, vos retours nous intéressent, en commentaires à la suite de cet article.
 

Pryska Ducoeurjoly est journaliste indépendante, spécialisée en santé.

Elle confie “Je suis également la conjointe de Pierre cité en témoignage. J’ai eu l’occasion d’être au plus près de la situation vécue dans les Ehpad et j‘ai ainsi pu filmer avec l’appui d’un professionnel la sortie de ma belle-mère, Janine. La charge mentale d’avoir un proche en souffrance en Ehpad est particulièrement difficile à vivre humainement. Même si je suis moins touchée que mon conjoint, la sortie de Janine est pour moi un soulagement car cela permet de reprendre la main sur une situation où je me sentais, comme beaucoup, impuissante”.

[1] N’hésitez pas à solliciter les associations, le Conseil départemental, le Centre communal d’action sociale, votre mutuelle, votre caisse de retraite et caisse de retraite complémentaire, les plateformes d’accompagnement et de répit. Voir aussi “Quelles sont les différentes formes possibles de rémunération pour le proche aidant ?

[2] « Une violence se caractérisant par « tout acte ou omission commis par une personne, s’il porte atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique ou à la liberté d’une autre personne ou compromet gravement le développement de sa personnalité et / ou nuit à sa sécurité financière. » Par exemple : défaut de soins de base, non-information sur les traitements ou les soins, abus de traitements sédatifs ou neuroleptiques, défaut de soins de rééducation, limitation de la liberté de la personne.

Lire aussi :

ARS, syndrome de l’étatisation sanitaire, France Soir, 15 juin 2020
Les Ehpad exténués par le confinement, Pryska Ducoeurjoly, 29 juin 2020

Auteur(s): Pryska Ducoeurjoly, journaliste indépendante
Source : https://www.francesoir.fr/societe-sante/ils-sortent-leurs-proches-de-lehpad-temoignages

Chasse aux sorcières dans les lycées

Je suis enseignante d’histoire géographie en lycée depuis 2014. J’ai toujours pratiqué mon métier avec passion et joie de vivre, mais depuis la rentrée de septembre, je vis une descente aux enfers.

En juin dernier, après le premier confinement, nous avons repris certains cours et j’ai fait partie des professeurs sélectionnés pour les jurys et les épreuves orales de rattrapage du baccalauréat. Le masque était supposément obligatoire, mais personne ne le portait (2 profs sur la trentaine d’enseignants convoqués, aucun des candidats). L’ambiance était assez détendue, malgré les deux mois de confinement qui venaient de s’achever, on ne sentait pas encore de pression sur le fait de se masquer ou pas.

A la rentrée de septembre, tout a changé. Lors de la réunion de rentrée, j’étais la seule enseignante de la salle à ne pas porter le masque. Ceci a suscité la réaction d’une collègue qui a interrompu la réunion pour demander au proviseur de faire appliquer le port du masque par TOUS les collègues (j’étais évidemment la personne visée). Par la suite, j’ai été convoquée par l’administration (dont j’ai appris entre temps qu’elle m’avait dénoncée au rectorat, à l’inspecteur d’académie, et tutti quanti…). J’ai expliqué que cette mesure m’inquiétait pour la santé des adolescents, car l’OMS relève un certain nombre de risques liés au port prolongé du masque, et que ces risques ne me semblent pas compatibles avec la poursuite d’une scolarité saine et épanouissante. Le médecin du rectorat aurait répondu que ce n’était pas vrai, qu’il n’y avait pas d’effets secondaires… Effarement de ma part. A tous les arguments scientifiques et légaux que j’ai pu développer, on n’a trouvé qu’une chose à me répondre : c’est comme ça, c’est la LOI, vous n’avez pas le choix, vous devez obéir. Autoritarisme pur et simple.

Alors que j’ai passé la toute première semaine de cours sans masque, les convocations et mails de menaces récurrents m’ont vite dissuadée de continuer à « faire ma rebelle », et je me suis mise à porter le masque, juste sous le nez, pour pouvoir à peu près respirer.

J’ai continué à recevoir des mails de menaces de ma hiérarchie, car mon port de masque n’était pas « réglementaire ». Je n’en ai pas vraiment tenu compte car je sentais bien que le port du masque jusque sous les yeux me fatigue, et que j’ai besoin de garder un minimum d’énergie, ne serait-ce que pour passer des soirées à peu près normales avec ma fille de trois ans.

A la fin des vacances de février, ma hiérarchie m’a fait suivre une lettre d’insultes écrite par des parents, m’accusant d’être « complotiste et malsaine », parce que j’avais fait une démonstration aux élèves de la classe sur le fait qu’en 2020, la mortalité générale toutes causes confondues n’était pas exceptionnellement élevée par rapport aux années précédentes, surtout une fois qu’on la rapporte au vieillissement de la population. Je précise que j’ai dû donner ces informations car lors d’un cours sur la croissance démographique, les élèves étaient en majorité convaincus que la population mondiale était en train de « bien descendre » du fait de l’épidémie (!) Ces deux parents étaient aussi particulièrement furieux du fait que je porte le masque sous le nez en classe (alors que leur enfant s’assoit au dernier rang, à une distance plus que réglementaire).
Mes supérieurs hiérarchiques ont transmis ce dossier au rectorat pour qu’ils décident d’éventuelles sanctions à mon égard, sans prendre la peine de me demander ma version des faits.

En tant que professeur d’histoire, je vois mon pays s’enfoncer chaque jour un peu plus dans l’obscurantisme. Les élèves qui essaient de respirer sont brisés (un de mes élèves de Seconde a écopé d’une journée d’exclusion pour port « non réglementaire » du masque lui aussi, alors que d’autres insultent littéralement leurs profs et sont sanctionnés moins sévèrement…). L’administration a clairement voulu faire un exemple. Les enseignants qui font de la résistance passive sont eux aussi brisés, considérés comme des délinquants ou des cas psychiatriques. Une collègue d’histoire a été convoquée par le psychiatre du rectorat pour avoir dévié un petit peu de la pensée unique, et j’ai eu vent d’autres cas de « psychiatrisation » de professeurs récalcitrants dans les lycées voisins.

La violence morale qui s’exerce sur les élèves et sur les enseignants est terrifiante. Le niveau de répression atteint dans les établissements scolaires me semble encore supérieur à celui que nous vivons dans le reste de pays, car certains adolescents n’ont pas de recul sur la situation et pratiquent une délation systématique de leurs camarades et de leurs enseignants.

Le simple fait de se plaindre du masque semble devenu synonyme de « complotisme » et d’un comportement déviant, à la limite de la sociopathie. Nous nous voyons reprocher le fait, en tant qu’enseignants, de contester ne serait-ce qu’une fois le port du masque, même si c’est pendant une récréation, même avec deux ou trois élèves, qui viennent nous voir justement pour vider leur sac. Tout est aussitôt répété, amplifié, déformé, et les rares enseignants qui voudraient venir en aide aux élèves sont empêchés de le faire.

Aujourd’hui je suis en arrêt de travail. J’essaie de me remettre de tous les abus que j’ai pu observer et qui me réveillent la nuit depuis des semaines. Je ressens du désespoir pour tous les enfants et tous les ados qui sont prisonniers de ce système, brimés en permanence par des enseignants et des personnels administratifs terrifiés par le virus, et surtout terrifiés par la pression hiérarchique.

A la fin tout le monde se tait, lessivé, mais il ne faut pas beaucoup de jugeotte pour voir que nombreux sont les élèves qui souffrent en silence.

Une enseignante qui a refusé de vendre son âme pour sauver sa carrière.

Source : https://reinfocovid.fr/temoignage/chasse-aux-sorcieres-dans-les-lycees/

Ras le bol des prescriptions d’Ivermectine sous le manteau

Je suis un vieil infirmier qui pousse son chariot depuis 30 ans, j’aime mon métier. Je connais bien le monde médical.

Peu importe le médecin, je sais que dans les faits ils sont seuls face à la loi, leur patient, leur diagnostic, et surtout leur fameuse PM (prescription médicale). Nous pourrions arrondir les angles notamment sur la notion d’équipe c’est certain, mais globalement le médecin est toujours “IN FINE” isolé. C’est à dire qu’au bout du bout il ou elle devra assumer seul(e) ses choix devant quelqu’un. C’est ainsi, ils le savent et ont choisi cette place. C’est pour cela qu’ils ont fréquemment un minimum de personnalité voire … une bonne dose de caractère, et c’est bien logique. Qui voudrait d’un médecin disant: ” j’sais pas…, faut voir…, je vais d’mander à…, normalement ça devrait…, c’est pas ma faute, c’est pas moi qui….?”

Nos médecins (tout comme les infirmières et aides soignantes d’ailleurs) font de l’artisanat du soin. Ils sont censés faire du sur mesure, du qualitatif car c’est toujours toujours toujours différent d’un patient à l’autre, d’un jour à l’autre. Une des premières grandes souffrance des soignants étant de nous obliger à soigner tout le monde de la même façon uniquement avec des “process”. Bref…

Je suis dans un service de soins de type “palliatif”, nous avons des patients fragiles, avec souvent un gros passé de soins intensifs derrière eux. Ils sont mal avec leur maladie chronique qui évolue. Nous les accompagnons au quotidien, jusqu’au bout, nous avons choisi d’être là et on l’assume. Aucune fierté là-dedans, juste l’envie d’être efficace point barre. Je vous donne 2 exemples récents:

  • 1er exemple :

Pendant les fêtes de Noël 2020, je découvre “l’affaire” après 4 jours de repos. A mon retour, une de nos patientes : 95 ans, 35 kgs (oui c’est possible), très claire et bien lucide sur sa  vie, demandeuse pour vivre et se battre, souriante, ne parlant pas un seul mot de français attrape le Covid, après une hospitalisation semble-t-il. Je demande à mon médecin, si c’est un vrai cas de covid (PCR cyclé au minimum) ou encore un énième test positif de PCR au  dessus de 40. Elle me confirme que c’est un vrai COVID que les premiers symptômes ont permis de diagnostiquer et que son petit fils chez qui la patiente vit l’a également attrapé.  Je me dis “M…e”, pour elle ça va être chaud chaud, on discute avec le médecin, je lui demande son avis, elle me répond : “écoute, elle a 95 ans, tu connais le profil, tu as vu son état général, on ne va pas se raconter d’histoire, alors je lui ai donné de l’ivermectine + azytromycine + vit D et Zinc, idem pour le p’tit fils. Je suis agréablement surpris et  soulagé… et alors comment va-t-elle ? « ben va la voir ». Surprise… notre “petite grand-mère” touillait son café tranquillement en regardant sa TV, elle est sortie du lit toute seule pour s’installer dans son fauteuil roulant. Nous sommes début février…elle va très bien, enfin très bien…disons que son état de santé est à priori totalement idem à celui qu’elle avait avant son Covid de fin décembre.

  • 2nd exemple:

Un patient, plutôt dans la catégorie “géant” cette fois-ci (pardonnez mon langage, nous  sommes proches avec nos patients, nous les connaissons vraiment très bien, souvent depuis des années et eux aussi nous connaissent vraiment très bien, nous avons tendance à nous parler ainsi petit à petit avec le temps bien sûr). Bref notre “géant” attrape le Covid, lui aussi avec des symptômes et son épouse également. Le médecin prescrit le même protocole. Vous devinez la suite. Ils ont totalement récupéré. Le patient nous a expliqué comment, avec son épouse, ils se sont sentis nettement mieux en deux jours à peine. En fait ils ont pris 1 X le rénactol (ivermectine) et au réveil 48 h plus tard, l’impression que tout était parti. Quasi la pleine forme, et depuis tout va très bien.

Pourquoi je vous parle de tout cela si tout va bien ? C’est parce que dans les 2 exemples, le médecin n’a rien prescrit avec son ordinateur. et non !!! surtout pas !!! Ho là malheureux m’a t-elle dit ! Elle m’a bien expliqué : “surtout tu ne dis rien j’ai prescrit sur mon ordonnancier papier, avec un bon vieux stylo. Le patient est allé cherché son traitement à sa pharmacie, j’ai croisé les doigts pour que le pharmacien ne dise rien sur le rénactol “théoriquement” prévu contre la gale. Si je prescris avec mon ordi ce protocole pour tous mes patients Covid je serais beaucoup plus repérable, et le conseil de l’ordre peut me tomber dessus ! ALORS MOTUS !

Effectivement j’ai constaté qu’une majorité de médecins sur mon secteur sont : soit pro-vaccins et considèrent qu’il y a 2 traitements vaccins et/ou doliprane, soit hyper silencieux sur le sujet, et me regardent bizarrement comme si le petit infirmier parlait d’une molécule inconnue en préférant changer de sujet.

Le vaccin quelque part je m’en moque, c’est pas le sujet. Arrêtons d’être binaires … ceux qui sont 100 % pour face à ceux qui sont 100 % contre.

Parlons d’autre chose entre collègues, le vaccin ne perd rien pour attendre, mais parlons d’autre chose au lieu de nous opposer, écoutons-nous et construisons ensemble.

J’ajoute qu’une majorité de mes collègues soignantes regardent la TV, elles sont bien sûr paniquées sur le Covid. Elles surajoutent des règles de distanciations sociales dans le service pour se rassurer. Elles n’ont quasiment pas d’arguments scientifiques, justement parce qu’elles écoutent la TV la radio, et sont visibles dans leur ignorance car elles argumentent sur les valeurs : éloignons-nous à la pause café pour protéger nos anciens, mettons des barrières dans le couloir pour protéger nos anciens, sectorisons encore plus à l’intérieur des secteurs (comme des poupées russes) pour protéger nos anciens. Bref nos équipes en plus d’appliquer toutes les règles fabriquent encore plus de règles de types usine à gaz. Tout le monde a peur, de tout, mais surtout pas de son téléphone portable sale, trimballé dans sa poche toute la journée. Ok hein là y a pas d’problème.

Je précise ces faits car je sens bien que je passe pour un hurluberlu vis à vis de mes collègues, qui sont néanmoins précieuses à mes yeux, et que j’estime profondément. Nous sommes une famille professionnelle qui se dit tout et ne s’épargne pas dans notre milieu. Toutefois je ressens de plus en plus ce que l’on appelle la “pression des pairs”.

Vous vous souvenez la chanson de Brassens : “non les braves gens n’aiment pas que… l’on suive une autre route qu’eux !” Pour nos médecins c’est pareil, en pire ! la pression des Pairs (des autres médecins qui regardent la TV et ont perdu leur sens critique) est bien présente. Nos médecins devraient pouvoir prescrire, l’esprit tranquille, avec le simple souci de l’efficacité, des effets secondaires, du rétablissement de leur patient.. Au lieu de çà ils reprennent leurs ordonnanciers manuels pour prescrire discrètement …

MERDE MAIS QU’EST CE QUE C’EST QUE CES CONNERIES ?!! désolé pour le langage mais il faut que cela sorte. IL Y A UN TRAITEMENT, IL FONCTIONNE, je le vois, bon sang, mais comment faire pour que les gens se réveillent ?

Au final 2 choix sont possibles : la TV qui fabrique de la peur ou la connaissance qui me rassure totalement mais qui me fait basculer dans la colère.

pfff… j’en ai vraiment Ras l’bol

Daniel

Source : https://reinfocovid.fr/temoignage/ras-le-bol-des-prescriptions-divermectine-sous-le-manteau/

Vieillir enfermés | Docs qui font parler | ARTE

Mars 2020, l’épidémie de COVID 19 frappe de plein fouet l’EHPAD Furtado-Heine, à Paris. Sur 120 résidents, 8 en sont déjà décédés. Pendant trois mois, en immersion, le film retrace le combat que mènent ces héros en blouse blanche face à l’épidémie, leur solidarité, leur dévouement. Avec une infinie bienveillance, les équipes continuent plus que jamais à s’occuper de nos anciens confinés et privés de visites. Le COVID agit comme un révélateur d’une situation pré-existante et le film nous ouvre les yeux sur les réelles conditions de vie dans les EHPAD.

Mars 2020, à l’Ehpad Furtado-Heine, dans le 14e arrondissement de Paris. “Madame Benichou, on a eu le résultat de votre test. Vous portez le virus du Covid. Il ne faut pas rester dans le couloir, sinon vous allez contaminer les autres résidents”, explique Anita Rossi, la directrice, protégée de la tête aux pieds. Son interlocutrice, une vieille dame postée dans le couloir, le dos courbé mais la parole vive, panique à l’idée de rester cloîtrée dans sa chambre. Sur les 120 résidents, 35 sont malades du virus et 8 en sont déjà décédés. Une partie du personnel est en arrêt maladie et l’autre tente tant bien que mal de faire face.

Infinie bienveillance
Pendant trois mois, le réalisateur Éric Guéret et son équipe ont partagé le quotidien de cet Ehpad, de ses employés et de ses résidents. Ce documentaire en immersion raconte l’engagement sans faille de ces héros en blouse blanche, les états que chacun traverse et verbalise tout au long du film, du sentiment de tristesse à celui, plus vertigineux encore, “d’être coupé de ses émotions”, sans oublier la peur, le courage, la solidarité et le dévouement. Au milieu de ce chaos infernal, alors que tous les résidents sont enfermés dans leur chambre et privés de visites, les équipes continuent, dans le peu de temps dont elles disposent, de s’occuper des anciens avec une infinie bienveillance. Ce document poignant, où l’épidémie agit comme un révélateur, incite à regarder en face les conditions de vie dans les Ehpad, des lieux où, par manque de moyens, on meurt du virus mais aussi de ce qu’il amplifie : la solitude et l’ennui.

Vieillir enfermés

Miroir : https://www.youtube.com/watch?v=y3h3t9FV_1E&feature=youtu.be

Je n’ai pas attrapé la covid, mais la covid a tué mon enfance.

“Je m’habitue au masque, t’as vu maman !” dit-il sur un ton victorieux, les yeux remplis de larmes. Le plus grand plaisir de l’enfant, c’est de faire plaisir à son entourage, et en particulier à ses parents et à sa maîtresse. Il ne comprend pas pourquoi il doit porter un masque mais il sait que s’il n’en porte pas des gens vont mourir. Mourir, il ne comprend pas vraiment ce que ça veut dire, mais il lit dans les yeux de ceux qui le lui affirment, que c’est très très grave, comme traverser la rue sans tenir la main de maman. Comme pousser son petit frère de trois ans pour qu’il tombe et pleure.

https://reinfocovid.fr/vos-dessins/


Depuis qu’il porte un masque à l’école, il a tout le temps la gorge qui lui gratte. Il se racle la gorge, même à la maison quand il ne porte plus de masque, et ça énerve papa qui ne veut plus entendre parler de toutes ces histoires. “Tu n’as qu’à faire ce qu’on te demande, c’est pas bien sorcier.”


Il a aussi très mal à la tête, et des démangeaisons au menton qui est tout rouge, et le soir quand il rentre, il est fatigué. Il se sent triste. Alors il reste dans sa chambre. Il s’allonge sur son lit et regarde le plafond. Il essaie de penser à des idées joyeuses, mais sans cesse la voix d’un adulte résonne dans ses oreilles : “Relève ton masque. Lave-toi les mains. Écarte-toi, tu es trop près de ton camarade. Qu’est-ce que tu fais ? Qu’est-ce que tu as dans la main ? Tu veux te moucher ? Tu es malade ?” Parfois la voix de l’adulte est autoritaire et parfois elle est apeurée. Comme s’il était un monstre.


Derrière la porte, ou enfermée dans la salle de bains, maman pleure. Devant lui, elle fait semblant de sourire, d’être heureuse, mais l’enfant ressent son chagrin.
Il pousse un gros soupir et finit par s’assoupir… Dans l’espoir peut-être de ne jamais se réveiller. Comme ça, demain il n’irait plus à l’école, et il ne serait plus un danger pour personne.
“Je n’ai pas attrapé la covid, mais la covid a tué mon enfance.”

Combien de temps encore...

Le président du Conseil Jean-François Delfraissy a indiqué sur le plateau de France Inter le 29 octobre dernier, avoir “consulté son petit-fils de 6,7 ans : “Il m’a dit que c’était possible donc on va regarder ce qu’il se passe”. C’est ainsi qu’a été décidé de faire porter le masque aux enfants à partir de six ans… Une première mesure, suivie d’autres et de protocoles toujours plus contraignants. Comme ces écoles où l’on distribue des jetons pour respirer ou ce nouveau règlement qui impose aux enfants de remettre leurs masques entre chaque plat, à la cantine.

Aux dernières nouvelles, on s’apprête à tester massivement les enfants, chose qui ne peut être faite, d’ailleurs, sans votre consentement (nous avons mis à disposition sur le site un avenant à la fiche infirmerie, usez-en).

Alors, certains vous diront que ces mesures ne sont pas justifiées, car les enfants ne sont pas ou peu contaminants. On pourrait aussi vous parler des effets délétères du masque et de toutes ces mesures en général, en prenant appui sur cette étude allemande, dont les résultats sont terrifiants.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier surtout, c’est que nous, parents, avons entre nos mains des adultes en devenir. Qui se construisent à travers nous et qui n’ont pas besoin de tout ça. Un enfant a besoin de sécurité, d’amour et de sérénité, tout simplement.
Alors, combien de temps encore allons-nous accepter tout cela ?

Source : https://reinfocovid.fr/

Chroniques Ehpadiennes et Pantalonnades en tous genres

Du combattant le parcours est difficile. Le combattant de base, veux-je dire, celui qui en toute modestie et bonne foi se contente de vouloir visiter l’un de ses proches dans ces nouveaux blockhaus susnommés de ce doux vocable d’Ehpad. Horaires pénitentiaires et strictement réglementés : on vous octroie avec une moue presque gourmande la ½ heure, l’air de regretter que vous ne goûtiez qu’avec dédain la chance, le privilège accordés. Attention ! Gardez-vous du moindre retard ! Même si vous traversez une métropole ou deux départements, l’heure c’est l’heure. La demi-heure se transforme en ¼ d’heure ou en rien du tout, à la moindre incartade sur les horaires. On ne plaisante pas ! Prenez bien aussi vos précautions quant à votre vessie. Ici, à l’Ehpad, on ne pisse pas, Monsieur. Les toilettes sont interdites au visiteur porteur de tous les miasmes ! N’arrivez pas non plus en avance, vous serez tancé et renvoyé à votre véhicule. Avant l’heure, ce n’est pas l’heure.

La pantalonnade commence dès le portail, mais ne s’arrête pas là. Dès que vous mettez un pied dans le sacro-saint hall, on vous regarde, ce serait mal dire « sous le nez », puisqu’il doit être caché sous le masque réglementairement. On zoome donc sur votre masque, on surveille la giclée réglementaire de gel hydro-alcoolique dans vos paumes bien ouvertes à cet effet. Rite religieux oblige ! Bienheureuse eau bénite que l’on cueille (ou non) dans le bénitier et dont on fait bien ce que l’on veut ! Une voix rogue et un doigt inquisiteur vous indiquent la lecture de l’évangile du jour : le règlement COVID qu’il faut lire et relire. Gare à ceux (dont je suis, je l’avoue) qui prétendent l’avoir déjà lu. J’attends le jour où il faudra le leur réciter par cœur derrière le masque, la visière ou quelque invention grillagée façon confessionnal ! Un ou deux grommellements plus tard, on a enfin le droit de s’avancer à pas prudents vers l’autel, le comptoir veux-je dire où la préposée, sérieuse comme Artaban, sort, façon « sex toy », mais en beaucoup moins drôle, le gadget à température. Commence alors une petite danse, façon contorsions de clown décadent, à seule fin d’approcher la bonne tempe de l’engin sacré que l’autre, du haut de son perchoir (eh oui ! le comptoir est situé bien au-dessus de votre modeste personne condamnée à la place des rampants) abaisse avec une grimace de dégoût vers votre front incliné et comme en prière. Et comme la tempe droite se montre sans doute récalcitrante (la vilaine !), on recommence la même opération avec la gauche, qui, plus docile, lâche le morceau, dévoilant ses précieux 36°. Après quoi, on vous renvoie dehors, au cas où Coro se cacherait traîtreusement dans votre slip ou au creux de vos oreilles, les espions sont capables de tout.

Ayant traversé le désert de plusieurs saisons, je peux évoquer le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. Heureusement, à Marseille, le printemps fut clément et ensoleillé, un peu frisquet quand même, mais avec une bonne polaire, à l’extérieur, sur des chaises en métal, on s’en est quand même sortis. Et puis une demi-heure, même avec le cul gelé et les oreilles au mistral, ça passe vite, c’est vrai. Et puis, les visites, c’est selon, ce n’est pas tout le temps. Un mois de reconfinement par ci, une fermeture temporaire de trois semaines par là, « présomption COVID ! Attention ! », vous pensez, les désagréments de ces petites sauteries de plein air, ça passe comme une lettre à la poste ! Après, il y a eu l’été. Bon, à Marseille, en été, il fait chaud. Surtout quand la terrasse où nous sommes consignés est en plein cagnard. Mais comme chacun sait, tout vaut mieux que le COVID, qu’est-ce qu’une petite insolation à côté du monstre Coro ! Et puis, nous sommes protégés, surveillés comme le lait sur le feu. Le masque, ah, le MASQUE ! Les vestales du masque sont là, à chaque rencontre. Elles épient les nez surtout, elles les fliquent, les pourfendent presque ! Aucun nez ne doit dépasser du masque ! C’est la consigne. De leurs mains expertes, elles viennent rétablir l’ordre à la moindre incartade. Et hop ! Un nez langé, enlingé, emmailloté d’importance ! Quelle joie de se trouver dans ce bain matriciel, maternel, où l’œil et la main veillent à tout. On rêverait presque d’être manchots, hommes tronc. Plus de souci, plus de besoin. Les vestales du masque veillent à tout, veillent sur nous. Une petite anecdote croustillante et sur laquelle méditer longuement : à mon ami, que je viens visiter chaque semaine et que nous nommerons J., il arrive très souvent d’avoir soif à cause de certains médicaments prescrits par son médecin. Ayant demandé à la vestale de service un verre d’eau, il a baissé son masque pour se désaltérer. La gorgone, qui venait juste de déposer le verre devant lui, et à qui on a dû greffer des yeux dans le dos (par les temps qui courent, on n’arrête plus les progrès de la médecine), a fait volte-face avec une énergie spectaculaire où entrait, je dois dire, une certaine irritation, et elle s’est précipitée sur le nez (ou le masque, on ne sait plus) de mon ami qu’elle lui a recloqué sur le nez en un tournemain digne de Bip-Bip mais en moins drôle. « Mais, ai-je osé, avec une banane qui n’était pas feinte, vous venez juste de le lui apporter. Il a soif. Il boit ». J’ai évité les remarques complotistes, du style, dommage, on n’a pas encore prévu de paille pour les masques, quoiqu’avec Coro, on ne sait jamais… « Oui, a-t-elle concédé de mauvaise grâce, bon, c’est vrai. Mais vous le remettez tout de suite après ». J’ai évité le « et entre deux gorgées aussi ? On peut toujours essayer… ». Le sens de l’humour n’est pas très à la mode en ces temps pourtant aussi sinistres que ridicules.

Un peu vexée (peut-être qu’en dépit du masque, mon regard en disait plus long qu’il n’aurait dû), elle s’est précipitée sur les tables d’à côté (il en faut trois, des tables, pour faire le bon compte, lors des visites, ça s’appelle la distanciation sociale (sic)), où un couple à l’air tristounet tentait de communiquer avec une très vieille dame gisant au fond de son fauteuil roulant, avec masque et tout le toutim. Je crus (ou fis semblant de croire) que la vestale allait redresser un peu la vieille dame enfoncée dans sa chaise au point qu’on ne la voyait plus ; sa fille devait se pencher au-dessus de la forteresse des trois tables qui la séparait de sa mère pour tenter d’apercevoir une maigre touffe de cheveux. La gorgone se saisit du bord du masque de la résidente et le remonta jusque sur ses lunettes. On ne voyait plus rien qu’une pauvre momie affublée de deux verres qui ne recouvraient que le tissu pisseux d’un masque. La pauvre créature qui semblait ne plus pouvoir parler ni respirer fut emportée par la vestale vers sa cellule du 2e étage ; la visite était terminée. Le couple se leva en silence et ils s’en allèrent. Je croisai brièvement leur regard, leurs yeux étaient d’une tristesse insoutenable.

Et puis, il y a l’hiver. Et même à Marseille, il arrive qu’il fasse froid. Surtout par temps de mistral. Qu’à cela ne tienne… Nous venions rendre visite à J. après trois jours de négociations serrées, de menaces et de conversations houleuses au téléphone. Selon les nouvelles réglementations dont seul Saint Ehpad a le secret et les prérogatives, J. avait eu trop de visites cette dernière semaine de décembre et bien que l’un au moins des visiteurs ne soit pas venu, on avait tout bonnement biffé d’un trait de plume notre jour et horaire de visite que nous avions pris grand soin de réserver quinze jours à l’avance. Notre juste colère avait fini par faire plier (modestement) les hautes instances administratives, du bout des lèvres, on nous avait proposé à 12h30 un rendez-vous pour le soir même à 17h15. Nous n’étions pas à Marseille et nous venions de faire 3 heures de route pour être à l’heure. Après être passés par toutes les phases du cérémonial susmentionné, nous attendions, comme il se doit, sur la terrasse, il faisait nuit et froid. Le mistral n’avait pas calé avec le crépuscule. Dix minutes plus tard, nous avons vu notre ami arriver lentement dans la salle à manger, de l’autre côté des baies vitrées. Son accompagnatrice, sympathique et humaine, celle-ci, il y en a quelques-unes, ouvrit de l’intérieur la porte du petit salon où nous devions nous rencontrer et nous aperçut. « Mais vous êtes deux ». « Eh oui ! » « Mais on ne vous a pas dit au téléphone que les visites à l’intérieur étaient réservées aux visiteurs non accompagnés ? » « Non. Il y quelques semaines, c’était possible. Personne ne nous a rien dit ». « Vous allez donc le voir dehors. Je vais lui chercher une veste dans sa chambre. » J. était transi de froid, malgré le pull et la veste que la dame était allée lui chercher. Nous tremblions de froid sur nos chaises en fer qui nous gelaient les fesses. Nous lui avons offert ses cadeaux de Noël et après quelques mots, nous l’avons laissé rentrer se réchauffer dans la salle. Comme quoi, je vous le donne en mille : mieux vaut une bonne pneumonie que le vilain Coro.

À ceux qui n’ont plus qu’un souffle de vie, masque mettrez. À ceux qui n’ont plus que leurs yeux pour aimer, de leurs enfants, de leurs amis, les priverez, contingenterez les visites jusqu’à ce que mort s’ensuive. À ceux qui à tout petits coups respirent, à ceux qui marcher, mettre un pas devant l’autre ne peuvent plus, l’air, la lumière et les visages aimés leur ôterez. À ceux qui ne connaîtront plus la douce liberté de se promener, de prendre la main des aimés, de jouir du vent et de la lumière, de danser, de rire, de s’émerveiller du sourire d’un enfant, muselières mettrez, peur insufflerez, espoir arracherez, dignité, beauté et vie confisquerez.

Manon TORIELLI

Source : https://reinfocovid.fr/temoignage/chroniques-ehpadiennes-et-pantalonnades-en-tous-genres/

Être enseignant en 2020

Enseignant dans un collège d’environ 1000 élèves, je ne demandais pas à mes élèves de 6e et de 4e de remonter leur masque lorsque certains le mettaient sous le nez ou sur le menton. Je les invitais à faire preuve d’esprit critique à l’égard de ce que l’on entendait au sujet du Covid comme sur tout autre sujet. Moi-même, je mettais, en cours, une visière (aucune visière n’est conforme au protocole sanitaire) et non un masque, que je portais tout de même hors des salles de classe (couloirs, salle des professeurs…).

J’ai été convoqué par ma direction pour m’expliquer. J’ai dû promettre de ne plus utiliser de visière, de porter un masque au-dessus du nez et de demander à mes élèves d’en faire autant, sous peine de sanction, ce dernier point étant sous-entendu. Concernant l’esprit critique, ma direction m’a dit explicitement, peu avant les vacances de la Toussaint, de ne plus l’enseigner au sujet du Covid. J’ai demandé si j’avais bien compris et très explicitement si ma direction me demandait de ne plus enseigner l’esprit critique concernant tout ce qui a trait au Covid. Ma direction m’a répondu tout aussi explicitement : « Oui, je vous demande de ne plus enseigner l’esprit critique concernant le Covid 19 ».

NOVEMBRE 2020

Au dernier conseil d’administration, j’ai partagé devant tout le CA (environ 25 personnes) la difficulté qui était la mienne de voir des élèves souffrir à cause du masque (maux de tête, vertiges, difficultés respiratoires, etc.) et l’impossibilité dans laquelle je me trouvais de devoir punir un élève souffrant qui avait du mal à respecter la consigne (protocole « sanitaire ») au sujet du port du masque. Sur les 25 personnes présentes, dont six parents d’élèves, à part le principal, seule une mère d’élève a pris la parole pour affirmer… qu’il fallait porter le masque quoi qu’il puisse en coûter, car il fallait penser aux autres, malgré les « inconvénients » que cela posait ! Le principal, lui, nous a appris que des directives ministérielles ou académiques autorisaient aujourd’hui un médecin de ville à rédiger une ordonnance demandant une adaptation du port du masque pour tel ou tel enfant, mais que cette ordonnance devait être validée par le médecin scolaire.

Après le CA, un autre parent est venu me trouver pour me dire, en « off », que son fils lycéen avait mal à la tête tous les jours, mais il n’en a rien dit devant le CA.

L’une de mes collègues a puni un élève ayant des maux de tête tous les jours parce qu’il portait son masque sous le nez. Lorsque je lui ai appris que cet élève avait des maux de tête quotidiens, elle a répondu : « Moi aussi j’ai mal à la tête ». Aucune compassion, bien au contraire, elle aussi jugeant que nous devions tous faire des efforts pour faire refluer le virus.

Dans mon établissement de 65 professeurs, seuls deux sont mobilisés contre les délires sanitaires. À ma connaissance, seuls un ou deux autres sont hostiles pour des raisons sans doute plus personnelles ; tous les autres sont à fond en faveur du protocole sanitaire, en demandant même davantage, à l’image des syndicats. Un certain nombre de collègues ne me disaient plus bonjour ou m’ignoraient, d’autres avaient cessé de saluer (ou du bout des lèvres) l’unique autre collègue qui était critique à l’égard de la politique sanitaire ; certains se moquaient, aucun soutien n’est à attendre de l’écrasante majorité des collègues, des parents et même des élèves. Sur près de 2000 parents d’élèves, à ma connaissance, seuls trois sont membres du collectif auquel j’appartiens et, toujours à ma connaissance, à peu près autant (soit trois parents du collège où j’enseigne) étaient présents à la manifestation organisée il y a quelques jours contre le port du masque à partir de 6 ans. Seuls deux professeurs de ce même collège (moi compris) étaient présents à cette manifestation.

1er au 4 DECEMBRE 2020 – Anecdotes covidiennes en situation scolaire ou échantillons de la folie ordinaire :

  • Une collègue aère une salle avant un conseil de classe. Comme il commence à faire vraiment très froid (on est en décembre et il est 18 heures), je lui demande si elle peut fermer les fenêtres, elle me répond : « Qu’est-ce que tu préfères ? Avoir froid ou attraper le Covid ? » Cette même collègue, deux jours plus tard, partage un gâteau en salle des professeurs avec cinq autres collègues, tous sans masque se penchant sur le gâteau, coupant les parts et les prenant à la main…
  • Pendant ce conseil de classe, alors qu’on exige de tous les élèves qu’ils mettent leur masque sur le nez et qu’on les punit parfois pour un tel manquement, l’un des délégués portera son masque sous le nez près de la moitié du temps, sans que personne ne le reprenne, en présence pourtant du principal adjoint très à cheval sur cette question. Quelqu’un a-t-il une explication ? On m’a suggéré : la lâcheté ? Autre hypothèse : ne pas chercher d’explication rationnelle à des phénomènes relevant de la psychose.
  • A un collègue persuadé depuis des mois qu’il faut croire tout ce qui est dit de dramatique (dans les médias et par le gouvernement) visant à nous rendre prudents et à nous protéger, à ce collègue, donc, j’apprends que la haute Autorité de Santé ne recommande pas de vacciner les enfants parce qu’ils propagent trop peu le Covid (toujours selon la HAS). Sa réponse : « Mais est-ce que c’est la vérité ? » Moralité, l’esprit critique pour ce collègue qui ne remet pas en cause les propos officiels alarmistes se résume à ceci : tout ce qui fait peur, il faut l’accueillir comme une vérité, mais ce qui rassure ou fait du bien, il faut s’en méfier.
  • Une autre collègue, qui a une responsabilité importante d’élue, à qui j’apprends la même information, ne me croit pas, car cela lui paraît trop aberrant. En effet, clairement, dans son esprit, il est impossible que la HAS affirme que les enfants ne propagent quasiment pas le Covid et en même temps qu’on leur impose le masque.
  • Des sens de circulation ayant été disposés au sol dans tout le collège, un parent s’apprête à monter une volée d’escaliers en suivant le sens des flèches, à un moment où aucun élève n’est présent. Je lui dis qu’il peut prendre le sens interdit, nettement plus court, car les flèches sont surtout pour les élèves et en plus les escaliers et les couloirs sont vides à cet instant. Il me remercie avec un sourire, mais monte quand même en respectant le sens de la flèche, même si cela lui fait faire un détour.
  • Je m’assois au self devant un collègue qui se décale aussitôt afin qu’on mange en quinconce. Nous sommes trois à cette table, à parler sans masque en mangeant. Le collègue sur ma droite remet son masque dès qu’il a terminé et continue à discuter avec le collègue qui est en face de nous (toujours en quinconce) qui, lui, n’a pas de masque, puisqu’il mange. Celui-ci terminant son repas remet son masque et tous deux parlent, masqués, à table, pendant encore dix minutes. Cherchez l’erreur.
  • Alors qu’en octobre, le fait que les élèves mangent les uns devant les autres était dénoncé comme dangereux par tous les personnels convaincus par les discours officiels, aujourd’hui, début décembre 2020, ils continuent de manger les uns devant les autres, rien n’a changé, or ils se doivent toujours d’être masqués en permanence, sont repris avec véhémence et de manière culpabilisante et peuvent être punis s’ils mettent simplement sous le nez leur masque pour respirer.
  • Lorsqu’ils préparent les repas, les personnels de cuisine ne portent pas de masque. Cela se voit de l’extérieur. Donc tout le monde peut le savoir. À ma connaissance, ni le conseil départemental ni les responsables de l’établissement scolaire n’ont rien dit. Mais attention, les responsables et la grande majorité des enseignants croient pourtant dur comme fer à tous les délires gouvernementaux et sanctionnent les élèves qui ne les respectent pas – ainsi que sont sanctionnés les enseignants qui seraient récalcitrants.
  • Des « surclaviers » en silicone ont été distribués nominativement aux professeurs, qui doivent l’emporter avec eux dès qu’ils changent de salle et l’installer sur le clavier de leur ordinateur dans chacune des salles où ils se rendent, afin d’éviter la propagation du virus par le contact des doigts sur le clavier. Les souris, elles, sont en contact avec toute la main de chaque professeur et ne sont jamais nettoyées (ou occasionnellement ?).
  • Les rendez-vous entre parents et professeurs sont autorisés. Mais les rendez-vous avec les parents pour remettre les bulletins scolaires sont interdits.
  • Etc.

Source : https://reinfocovid.fr/temoignage/etre-enseignant-en-2020-octobre-novembre/ https://reinfocovid.fr/temoignage/etre-enseignant-en-2020/

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